Longtemps, jouer aux jeux vidéo, c’était « un truc de gosses » ou « une perte de temps » pour la famille. Mais aujourd’hui, au Maroc, l’esport a changé de dimension. On ne parle plus de loisir honteux, on parle de médailles, de cashprize en dirhams sonnants et trébuchants, et de représentation nationale. L’écosystème s’est structuré à une vitesse folle, notamment autour de la Fédération Royale Marocaine des Jeux Electroniques.

Ce qui est fascinant, c’est de voir comment les talents émergent du terrain local. Ce ne sont plus seulement les cracks de l’EA Sports FC 26 qu’on envoie au casse-pipe. Désormais, les équipes marocaines sur Valorant, League of Legends et même PUBG Mobile regardent l’Africa Esports Championship les yeux dans les yeux.
Je me souviens d’une discussion avec un joueur de la Kech Esports Association. Il m’expliquait que leur plus gros défi, ce n’est pas tant le skill individuel, parce que le talent mécanique des Marocains est reconnu mondialement, il suffit de voir le top ladder européen, c’est le travail d’équipe et l’infrastructure.
Ils rament avec des pings qui oscillent sur les serveurs européens, mais c’est justement cette adversité qui forge une résilience folle. Les bootcamps, qui se faisaient avant dans des villas louées à Tanger ou à Martil, sont en train de se professionnaliser. L’Africa Esports Championship n’est plus un simple tournoi, c’est un objectif de carrière. Avec les sponsors télécoms comme Inwi ou Orange qui injectent des budgets, le prize pool augmente, attirant les talents de la diaspora qui hésitaient à rentrer.
La quête de la qualification pour les championnats du monde, notamment à Riyad ou en Asie, passe par cette domination africaine. Et voir un joueur marocain monter sur le podium continental, entendre l’hymne national retentir dans une arena pleine à craquer… c’est cette émotion pure que recherche toute une génération. L’esport local a faim, et il ne compte plus se laisser voler son pain.
